vendredi 26 mai 2017

Présenter son nouveau compagnon, sa nouvelle compagne, à ses enfants, comment faire ?

souhait metier parent enfant

Vous avez trouvé l'âme soeur !


Vous avez traversé une séparation ou un divorce, vous avez souffert, et si l'idée de "refaire sa vie", de revivre en couple vous tente, vous êtes bien résolu(e) à couler des jours heureux avec la bonne personne, le conjoint ou la conjointe auprès de qui vous épanouir.
Et par chance, ou par discernement, ou suite à un travail sur soi pour ne pas retomber dans les mêmes erreurs, vous avez trouvé l'âme soeur avec qui un lien fort peut enfin exister. La communication est bonne, le désir de vie commune est présent  ou chacun chez soi mais dans une perspective de couple, de famille recomposée  , vous partagez des valeurs, la sexualité est satisfaisante, vous l'aimez, vous vous sentez prêt(e).
Vous l'avez fréquenté(e) discrètement, quand vos enfants étaient chez l'autre parent, et vous pensez maintenant que le moment est venu d'aller plus loin et d'entrer dans la vie l'un de l'autre. Peut-être a-t-il, a-t-elle des enfants ? Ou peut-être que non. Peut-être ressentez-vous un nouveau désir d'enfant ? Un en commun.
Ou peut-être vos enfants sont-ils déjà des adultes et vous aimeriez qu'ils apprécient votre nouveau partenaire.
Quoiqu'il en soit, aujourd'hui la vie vous sourit et vous désirez reformer un couple, une famille recomposée. Votre rêve de ces derniers mois ou de ces dernières années peut enfin se réaliser. 

Mais quelqu'un ne voit pas forcément votre bonheur d'un bon oeil...


Là, tapis dans l'ombre, certains rêvent à tout autre chose et ne voient pas ce nouveau couple d'un bon oeil. Et je ne parle pas de l'amie laissée sur le carreau, de la belle-famille ou de l'ex. Non, l'ennemi est dans les murs, l'ennemi ce sont vos propres enfants, la chair de votre chair.
Il s'y feront ! pensez-vous. 
N'ai-je pas droit au bonheur ? vous indignez-vous. Je leur donne déjà tout !
C'est bon pour eux une présence masculine, féminine, c'est un équilibre, vous dites-vous.
Certes, mais ce n'est pas leur ressenti.
« Je le déteste ! s'écrit Laurianne, treize ans. Ma mère nous l'a imposé. Il ne remplacera jamais notre père. Il est horrible. »
« Elle amène son nouveau mec au mariage de mon cousin ! s'énerve Johanna (jeune femme de trente ans), on ne le connaît même pas. Je vais devoir faire semblant de m'intéresser à lui alors que je m'en fous ! »
Par contre les enfants de Clothilde, Zoé et Rubens, ont bien accepté le compagnon de leur mère et l'adorent. S'il ne remplace pas le père (et personne ne désire cela), il est un autre "papa", quelqu'un sur qui on peut s'appuyer, un beau-père "sympa".
Ces hommes sont-ils si différents ? L'un est-il meilleur que les autres ? Pas forcément.
La perception de votre amoureux, de votre amoureuse, se forgera à l'occasion de la rencontre. Alors comment s'y prendre, comment faire ? Pour cela il est nécessaire de bien comprendre la perspective de vos enfants.
Lorsque vous vous séparez ou que vous divorcez, tous les enfants redoutent l'arrivée du nouveau compagnon ou de la nouvelle compagne, celui ou celle qui va prendre "la place de...". 

Dans quel état émotionnel sont vos enfants après un divorce ?


Si la séparation s'est passée paisiblement et dans le consensus, c'est probablement la tristesse qui prévaut. Si c'était la guerre à la maison, ils sont alors soulagés de ne plus entendre les disputes, les cris, de ne plus subir la tension. Peut-être ont-ils aussi traversé l'étape de votre chagrin, de votre deuil ? Vous pleuriez dans votre chambre, vous étiez morose devant votre écran, ils avaient du mal à vous approcher, à vous sentir disponible, et ils ne savaient que faire de leur désir maladroit de vous réconforter. Vous ont-ils surpris(e) vous lamenter au téléphone ou exprimer votre colère ? entendu la famille commenter vos mésaventures ?
Eux aussi peuvent ressentir de la colère, un sentiment d'injustice, surtout les adolescents et les jeunes adultes. Peut-être vous en veulent-ils ? Dans leur tête, vous les avez séparés de papa, de maman, vous avez tout cassé, brisé leur foyer, l'autre parent est éploré et ils vous reprochent son chagrin.
Ils éprouvent aussi de la honte et les petits comptent en classe les enfants de couples séparés, pour se rassurer, acquérir un nouveau sentiment de normalité. Tous les enfants évoquent cela en thérapie. Rappelez-vous, c'est par leurs parents qu'ils se déterminent et construisent en partie leur image : papa doit être fort et maman belle ou gentille. Et grands, ils peuvent avoir été fiers d'avoir leurs parents encore ensemble. La comparaison sociale est cruelle.
La vie du couple parental est bien compliquée pour un enfant et il n'est pas forcément possible de tout leur expliquer, même lorsqu'ils sont grands. 
Et ils ressentent toujours une culpabilité : qu'aurais-je pu faire ? se demandent-ils ; qu'ai-je fait ? D'autant que les disputes s'orientent souvent sur le sujet des enfants dans un foyer. Même si vous leur avez expliqué qu'ils ne sont pas responsables de votre séparation, ils ont l'impression que leur attitude, voire leurs bêtises, ont donné naissance à la déliquescence du couple parental. 
Il va donc falloir leur dire que la vie de couple n'est pas toujours facile, qu'ils peuvent le constater dans leurs amours ou leurs amitiés, et que, lorsque des tensions se forment, tout ce qui est partagé devient sujet de disputes : l'argent, la gestion du foyer et du temps, les sorties, l'organisation des vacances, les grandes décisions, l'intimité, la fréquentation des amis et de la famille... et l'éducation des enfants. Ce ne sont donc pas eux qui ont généré les conflits, mais votre relation amoureuse devenue difficile, parce que vous n'aviez pas la même vision de la vie, ou parce que quelque chose empêchait une relation harmonieuse, quelque chose qu'ils connaissent ou dont à l'inverse ils ne sont pas du tout conscients. C'est cette difficulté qui a causé le divorce ou la séparation, et non eux. 
La culpabilité est automatique chez les enfants, surtout s'ils sont jeunes, parce que l'égocentrisme est naturel chez l'enfant. Il faut l'étape de l'adolescence et de la vraie socialisation pour qu'un enfant découvre autrui et son univers, pour pouvoir sortir de soi. Cela s'initie par les heures de "confidences" entre les adolescents et c'est un long processus qui se poursuit toute la vie et se fortifie dans les différentes étapes de la maturité et de la responsabilité envers nos semblables.
Le dernier point difficile pour eux est de découvrir le parent sexué, le parent désirant, même pour les jeunes adultes. Sans doute le tabou de l'inceste y participe-t-il, mais plus encore le désir de garder le parent pour soi. A l'inverse, certains grands enfants souhaitent se "débarrasser" du parent et le voudraient en couple pour avoir moins à s'en soucier.
Quoiqu'il en soit, et même si en apparence vos petits ou vos grands semblent retombés sur leurs pattes, le divorce des parents est toujours une affaire qui marque les enfants et laisse des traces. Alors faites en sorte que ces traces soient les plus légères possibles et acceptez que des émotions se manifestent.
Ils mettront plus rarement des mots sur ce qu'ils ressentent. Et justement, vous êtes la personne qui peut les aider à s'exprimer, et parfois le recours au psy sera utile. L'espace thérapeutique est pour eux un espace de parole neutre, et votre démarche leur montre que vous vous souciez de ce qu'ils ressentent et de leur bien-être.

La page est tournée !


Vous avez donc maintenant la sensation que la page est tournée, que vos petits vont bien et qu'ils ont accepté la séparation. Une nouvelle routine s'est installée, la maison est paisible et l'alternance de la présence des enfants vous a permis de penser à vous. Alors, comment présenter l'élu(e) de votre coeur ?
Ayez bien à l'esprit que la plupart des enfants aspirent à ce que le couple parental se reforme, que l'amour renaisse entre vous. Il n'est donc pas du tout approprié d'amener sans préambules "l'intrus(e)" à la maison et de l'introduire tout de go. 

S'armer de patience est la clé...


Quel que soit leur âge, il faudra du temps à vos enfants pour s'habituer à une nouvelle personne. Imaginez... ils sont heureux de vous avoir à eux tout seuls (sentiment parfois ambivalent pour les enfants plus âgés), et ce n'est pas une maigre compensation à la rupture qu'ils ont subie. Leur maman ou leur papa va bien et ils ont enfin toute votre attention !
Alors comment en parler ?
Une bonne occasion peut se présenter lorsqu'ils évoquent qu'ils ont un amoureux ou une amoureuse, ou un petit ami ou une copine, ou lorsque l'autre parent a déjà quelqu'un dans sa vie. Vous pouvez alors vous exclamer : « Moi aussi j'ai un amoureux ! » Puis laissez les questions fuser !
La clé est là. Eveillez leur curiosité, leur désir de connaître la personne élue. Ne vous inquiétez pas si l'un de vos enfants résiste et se braque. Attendez patiemment qu'ils aient tous envie de le ou la rencontrer. Les enfants sont extrêmement curieux et leur curiosité est votre alliée. Ce jour-là ne manquera pas d'arriver.
Lorsqu'ils sont enfin prêts, organisez la rencontre dans un endroit neutre et à l'extérieur. Ainsi dans leurs têtes, il ou elle ne sera pas encore "entré(e)" dans leur espace. Un parc fera l'affaire, une fête foraine, une promenade, un musée, la piscine,  un espace dans lequel ils peuvent bouger et ne sont pas tenus de rester face-à-face avec l'élu(e) de votre coeur. Le restaurant n'est pas une bonne idée ou alors un restaurant avec un espace de jeu. Ne vous tenez pas par la main et ne mettez pas trop en scène votre amour, hormis un bref baiser sur les lèvres et des marques d'attention. Soyez tous deux disponibles pour les enfants. 
Si vos enfants sont grands, l'occasion idéale est lorsqu'ils vous ont demandé un "coup de main". Votre ami(e) venu(e) en renfort sera apprécié(e) lors d'un déménagement, d'un bricolage, de la garde de vos petits-enfants. La seule condition est qu'il se montre discret ou qu'elle ne soit pas directive, le but étant qu'à la fin de la journée vos enfants se disent que c'était sympa de sa part d'être là.
Si vous êtes "l'amoureux" ou "l'amoureuse", ne soyez pas intrusif. « Comment ça se passe à l'école ? » n'est généralement pas perçu comme une question agréable. Montrez de l'intérêt pour leur personne et leurs goûts : « Tu aimes les jeux vidéo ? les papillons ? nager ? voyager ? les animaux en peluche ? les jeux de sociétés ? la montagne ? ». Répondez à leurs questions de façon sincère mais en vous mettant à leur portée. Si vous avez vous-même des enfants et qu'ils veulent savoir, répondez sobrement, sans vous étendre sur le sujet. Ne vous mettez pas en valeur en expliquant les exploits de vos propres enfants. Il vaut mieux procéder par étape et vous concentrer sur ceux que vous découvrez et qui feront partie de votre avenir proche. Vous êtes déjà pour eux un gros morceau à avaler. Soyez fun !
Répétez plusieurs fois ce type de sorties jusqu'à ce que tout le monde se déride.
La prochaine étape sera le déjeuner ou le dîner dans le lieu de vie des enfants. Mais sans rester coucher et sans sieste ! Le partage du lit du père ou de la mère est toujours une épreuve.
Pour les enfants adultes, attendez qu'on vous invite tous les deux à venir dîner. Si l'initiative vient de vous, vos enfants se sentiront probablement obligés de venir mais l'ambiance peut s'avérer pesante et la conversation malaisée.
Lorsque les enfants auront accepté votre ami(e), vous pourrez enfin passer le message qu'il ou elle va rester dormir. Et même poser la question fatidique : « Est-ce que c'est ok pour vous s'il reste dormir avec moi ? ou est-ce trop tôt pour vous ? » S'ils ont compris que ce jour arrivera, ils auront tout au moins la sensation de participer.
Maintenant, il va de soi que vous ne pourrez pas vous livrer à de grands ébats, sachez rester discrets !

Ménager les enfants, oui, mais combien de temps ?


J'imagine qu'arrivé(e) à ce stade, vous avez hâte d'introduire votre ami(e) dans votre vie. Toutefois, mieux vaut quelques semaines de patience que des années d'enfer et de lutte, et un ressentiment de part et d'autre qui s'exprimera tôt ou tard (« Tu nous l'as imposé ! »« Tes enfants ne m'ont jamais acceptée ! »)
Prenez votre temps ! Et faites grandir ainsi et par la même occasion le désir de votre âme soeur d'avoir le privilège de partager votre vie et celle de vos enfants.
Partagez en douceur votre bonheur !
L'amour est là pour irradier. Valorisez le temps de l'apprivoisement et souvenez-vous du discours du renard dans Le Petit Prince de Saint-Exupéry...
« Si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde. »
Ce bonheur, vous le devez à vos enfants, et à vous-même.

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